Capucine a peur de faire mal à son garçon de neuf ans en l’aimant d’un amour trop grand, trop fusionnel. Noé est un enfant si sensible, si angoissé aussi. La maman a beau s’en défendre, elle sait qu’un drame se joue pour lui quand il quitte la maison et va sur le chemin de l’école.
Jusqu’où peut aller l’amour d’un parent ? Immense, instinctif, c’est un amour qui veut effacer la douleur, empêcher le malheur, quitte à oublier la réalité.
Capucine fait des cauchemars. Elle rêve qu’elle redevient petite fille à son tour, qu’elle doit affronter un monde orwellien où les forts ont tous les droits sur les faibles. Et si c’était dans cet univers que Noé évoluait quand il allait à l’école ?
L’auteur confronte avec un brio mordant, le monde des rêves cruels et celui de la réalité, où règne le déni familial et le pacte du secret.
Un roman bouleversant sur ce lien qui ne ressemble à aucun autre, celui qui unit un parent à son enfant.
Joseph Agostini est psychologue clinicien, psychanalyste et écrivain. Son œuvre, à la croisée de la littérature et de la psychologie, interroge les blessures de l’enfance, les liens familiaux et les grandes énigmes de l’âme humaine.
« Dehors, une lumière bleue baigne la cour encore déserte. L’atmosphère est pure et glaciale.
— Quelle beauté, cette lumière, poursuit l’institutrice. Elle brûle les derniers restes d’empathie. Bientôt, plus rien ne vibrera dans vos veines.
Le sourire plein de dents, elle se dirige vers l’enfant et lui donne un coup de talon dans le ventre. Il se tord de douleur. Maman d’amour se cache les yeux. La maîtresse pose la main sur la tête de sa victime.
— Vous savez ce que j’ai remarqué chez les enfants sensibles ? Ils ont des rêves. Des rêves ! Cette maladie du siècle passé. Vous aussi, vous rêvez, n’est-ce pas ? »
« Le psy a utilisé le mot «?normal?», celui qu’elle abomine le plus dans la langue française. Son enfant n’est pas normal, non. Il est bien plus que ça. Ce profanateur de conscience ne va pas réussir à le ranger dans une de ses classifications psychiatriques. Elle a envie de lâcher les chiens quand elle entend ce type d’inepties, surtout de la bouche d’un «?professionnel de la santé mentale?». Elle veut lui montrer de quel bois elle se chauffe. Elle ne lâche pas le psy des yeux et murmure :
— Les enfants comme Noé, les autres les détestent. Et encore, le mot est faible. Ils pourraient les lyncher, les brûler. Ils en sont jaloux, vous comprenez. Et la jalousie, c’est le pire des cancers… Peut-être que Noé s’en prend aux animaux parce qu’on le maltraite à l’école ? Peut-être que c’est plus grave que ce que je crois ? Et si l’institutrice me baratinait ? Et si c’était la complice des autres élèves ? Ce n’est pas impossible, hein ? »