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Éloïse Lièvre

Notes d’une enseignante sur le procès de l’assassinat de Samuel Paty

En librairie le 23 janvier 2026.

"Au début du mois de novembre 2024, j’ai décidé de suivre le procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty. Le terroriste auteur de ce crime horrible et traumatisant, ainsi que cinq des accusés, étaient des jeunes hommes de l’âge de mes étudiants. C’est pour cela, en tant qu’enseignante d’abord, que je voulais comprendre. Comprendre comment on en était arrivé là, comment des garçons ayant passé plusieurs années à l’école de la République pouvaient, un jour, être mêlés à la décapitation d’un professeur. Plus j’en apprenais, plus je comprenais, plus le gouffre de ma perplexité se creusait. Rien de ce qui est humain n’est simple. C’est de cette complexité, et de la difficulté, de la délicatesse à l’écrire, que ce livre est fait."

C’est en tant qu’enseignante qu’Éloïse Lièvre décide d’assister au procès des personnes impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty. Au fur et à mesure que le procès se déroule, plusieurs éléments lui sautent au visage. Les coups de théâtre s’enchaînent. Elle cherche à comprendre, depuis sa position d’enseignante, comment un tel acte a pu advenir, perpétré par des enfants  passés entre les murs de l’école de la République. À l’occasion de ce procès elle interroge l’école, l’enseignement le savoir, mais aussi le langage et notre société tout entière. 978-2-86231-660-4, 288 p. 21€

Éloïse Lièvre écrit et enseigne. Elle a publié trois livres de littérature : La Biche ne se montre pas au chasseur (D’un Noir si Bleu, 2012), Les Gens heureux n’ont pas d’histoire (J.-C. Lattès, 2016), Notre dernière sauvagerie (Fayard, 2020). Depuis 2022, elle est membre de la commission de l’écrit de la Scam (Société civile des auteurs multimédia).

Extrait

Extrait 1 : «   Je suis arrivée chargée de certitudes, en quête de ratification. Pourquoi et comment avaient-ils tué Samuel Paty ? Ils, les accusés, avaient tué Samuel Paty. C’était un fait, aucun doute possible. Aucun doute possible ?
Si je vais plus loin, pour être honnête, je venais peut-être aussi pour me repaître. Le mot est excessif, mais nous sommes excessivement humains. Assouvir un besoin, combler un manque. Chercher à emplir le gouffre. Aux côtés des parties civiles, dans leur sillage et leur ombre, trouver la compensation, certes dérisoire, mais nécessaire, à la mort d’un homme dont je ne partageais pas la vie intime comme ses proches, mais le métier et les valeurs. Cette indemnité que la société offre par la Justice pour tenir lieu de revanche et garder ses membres hors du cycle infernal de la violence physique. Vengeance. Oui, venger, venger l’école de la République.
Sept semaines plus tard, de cet élan premier, il ne reste rien, et le gouffre s’est creusé. »

Extrait 2 : «   Chaque fois qu’une de ses réponses aux questions qu’on lui fait pourrait nuire à son père, Zaïna s’esquive en « je ne sais pas », « je ne sais plus », « je ne me souviens plus ». Le vernis se craquelle, et dessous, point son exaspération. Ce qu’elle a déjà dit maintes et maintes fois, doit-elle encore et encore le répéter ? Je me demande qui lui a soufflé l’adjectif suranné, maintes et maintes, comme une petite ivoire dans sa bouche d’adolescente. Dessous, sa révolte, ce qui est peut-être son caractère, finalement. À Me Szpiner, elle rétorque « Vous pouvez me laisser finir ? ». Il la renvoie à sa constance : « Je vois que vous n’avez pas changé depuis le tribunal pour enfant. » Le combat de deux arrogances. Le ton monte. Le président compte le vingt-huitième « je ne sais pas ». Le regard de Zaïna se tourne régulièrement vers sa gauche, où se tiennent ses avocats. Ils ont eu l’autorisation de l’assister. Ceux des parties civiles s’insurgent des signes de marionnettistes qu’ils adressent à Zaïna. À la question suivante, on ne sait pas si elle n’ose plus l’amnésie ou si elle n’a plus reçu les indications nécessaires. »

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«   Au début du mois de novembre 2024, j’ai décidé de suivre le procès des huit personnes accusées d’être impliquées dans l’assassinat de Samuel Paty. Le terroriste auteur de ce crime horrible et traumatisant, ainsi que cinq des accusés, étaient des jeunes hommes de l’âge de mes étudiants. C’est pour cela, en tant qu’enseignante d’abord, que je voulais comprendre. Comprendre comment on en était arrivé là, comment des garçons ayant passé plusieurs années à l’école de la République pouvaient, un jour, être mêlés à la décapitation d’un professeur.
Plus j’en apprenais, plus je comprenais, plus le gouffre de ma perplexité se creusait. Rien de ce qui est humain n’est simple. C’est de cette complexité, et de la difficulté, de la délicatesse à l’écrire, que ce livre est fait. »

Eloïse Lièvre écrit et enseigne. Elle a publié trois livres de littérature : La Biche ne se montre pas au chasseur (D’un Noir si Bleu, 2012), Les Gens heureux n’ont pas d’histoire (J.-C. Lattès, 2016), Notre dernière sauvagerie (Fayard, 2020). Depuis 2022, elle est membre de la commission de l’écrit de la Scam (Société civile des auteurs multimédia).