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Alain Joubert Nicole Espagnol

Chroniques de la boîte noire

En librairie le 19 février 2021

Chroniques de la Boîte noire - Images-échos de Nicole Espagnol

Au début des années 2000, La Quinzaine littéraire de Maurice Nadeau a ouvert ses colonnes à une rubrique régulière d’Alain Joubert, intitulée La Boîte noire. Il y relatait une lecture particulière de certains romans noirs, – le plus souvent oubliés par la critique, s’interrogeant sur les liens avec d’autres œuvres ou situations, sachant que chaque événement contient par nature sa boîte noire, révélatrice du « masqué », du « dissimulé » ou de l’« inconscient » qui ont provoqué son existence. Pour l’auteur, une vérité non exprimée s’y dissimule et un nouvel éclairage pouvait donc en dessiner les contours. Aux quinze chroniques ici réunies (2002-2004), se sont ajoutés deux textes également publiés par La Quinzaine littéraire dans ses numéros spéciaux d’été de « l’écrivain en colère » (été 2002) et du « roman policier » (été 2003). 17 photos de Nicole Espagnol accompagnent, dans une sorte d’écho visuel, chaque début de texte.

Alain Joubert découvre le surréalisme en 1952 et, trois ans plus tard, rencontre André Breton. Il participe dès lors à toutes les activités surréalistes, revues, expositions, prises de positions politiques, manifestes collectifs, jusqu’à l’autodissolution du groupe décidée par la déclaration SAS, rédigée en 1969 à son initiative. Il est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages, nouvelles, poèmes, essais, chroniques, parmi lesquels Treize à table-plus deux (L’Écart absolu, 1998), Le Mouvement des surréalistes ou le fin mot de l’histoire (Maurice Nadeau, 2001), Une goutte d’éternité (Maurice Nadeau, 2007), Le Passé du futur est toujours présent (Ab Irato, 2013), La Clé est sur la porte (Maurice Nadeau, 2016), Le Cinéma des surréalistes (Maurice Nadeau, 2018) ou encore, L’Autre côté des nuages (Ab Irato, 2020). Alain Joubert nous a quitté le 23 avril 2021, victime du corona.

978-2-86231-295-8  19 €

 

 

Extrait

Après avoir publié mon livre Le Mouvement des Surréalistes – ou Le Fin mot de l’histoire (2002), Maurice Nadeau eut la gentillesse de m’ouvrir les colonnes de son magazine La Quinzaine littéraire. 

Ce fut alors pour moi l’occasion de lui proposer une chronique régulière qui, à partir d’une lecture particulière de certains romans noirs, m’autoriserait à parler non seulement de ceux-ci – le plus souvent « écartés » par les critiques habituels de la littérature dite générale –, mais encore de tout ce que cette lecture pourrait soulever comme interrogations portant sur d’autres œuvres et/ou situations (livres, peintures, films, faits divers, phénomènes politiques...), sachant que chaque événement contient par nature sa boîte noire, révélatrice du « masqué », du « dissimulé » ou de l’« inconscient » qui ont provoqué son existence, souhaitée ou non. Une vérité non exprimée s’y dissimule et un nouvel éclairage pouvait donc en dessiner les contours. Je m’y employai sans retenue. Alain Joubert

SOMMAIRE : La Boîte noire

Pourquoi, comment — De l’artiste en criminel — Pour une angoisse heureuse — Petite anatomie de l’information — Qu’est-ce qu’un monstre ? — I’ve got the blues — Mais c’est sur nous qu’ils tirent... — Le feu, le lieu — La Veuve et la Mariée — Le Tango situationiste — Les Femmes ont la peau dure — Les Imposteurs courent toujours — La Maison rouge à pois verts — La Treizième boîte — L’Œil, l’autre et l’insecte — Castrorama

Hors la Boîte

Cousu de fil noir — Surréalisme, rage et retenue

De l’artiste en criminel

"Je n’ai jamais aimé le mot « polar ». Certes, je fais comme tout le monde, je l’utilise à l’occasion, pour aller vite, pour être compris sans détour. Mais c’est là faire preuve de trop de légèreté, car cette façon d’être « compris », bien loin d’accomplir son office, entraîne aussitôt toute une série de malentendus, de confusions, de méprises qui font passer illico dans la colonne des pertes le peu de profit que l’on attendait de l’usage en question. « Polar », donc, relève à mes yeux de la fausse monnaie du vocabulaire.

D’ailleurs, il n’est pas très ancien, ce mot, qui ne figure même pas dans l’édition de 1970 du Petit Robert ! S’il apparaît dans les conversations, et dans les années soixante, c’est sur le tard, comme un vague signe de ralliement chez tous ceux qui tiennent la lecture pour une sorte de divertissement de seconde zone – par opposition à la Pop-musique, en pleine gloire ravageuse. De plus, il convient alors de traiter de la chose écrite avec désinvolture puisque l’heure est à l’action, croît–on, pas à la réflexion ; moins encore à la poésie, fut-elle populaire... « Polar » est un terme bien utile à ce titre : il unifie, banalise, aplatit, ramène à un seul et même étiage la noirceur – tragique ou humoreuse –, le mystère – avec ou sans clé –, l’angoisse – physique ou métaphysique –, le suspense – brutal ou raffiné –, ou encore l’aventure – chevaleresque ou débridée –, qui sont pourtant les principes actifs de cette littérature populaire, pour peu que l’on sache en apprécier les degrés respectifs, en percevoir les contrastes saisissants et les lumières révélatrices. Ce petit catalogue n’est pas exhaustif, et bien d’autres angles, novateurs ou non, auraient ici droit de cité, sans oublier l’angle mort, évidemment !

Non, ce « polar » ne me convient pas ! Moi qui ai été élevé au lait sombre du « roman noir », dès 1946, grâce à Marcel Duhamel et à sa fameuse « Série », mais qui tétais simultanément aux étranges mamelles d’Arsène Lupin, de Rouletabille et de Fantômas – ce qui confère une singulière poitrine à des gaillards de ce calibre –, comment voulez-vous que j’accepte de placer dans le même wagon anonyme Raymond Chandler, David Goodis et Jim Thompson, par exemple, puis Maurice Leblanc, Gaston Leroux et Marcel Allain – sans oublier nos vieilles anglaises aux énigmatiques fragrances de cookies et de thé à la bergamote ! Et que faire de Conan Doyle ou de Donald Westlake, de James Cain ou de Georges Simenon, de Horace Mac Coy ou de Léo Malet, de Jean-Patrick Manchette ou de Laurence Block ? Quid du célèbre Dupin qui œuvrait à dissiper le mystère du Double assassinat dans la rue Morgue et de son Edgar Poe de géniteur ? Tous à classer dans les « polars », alors ? Ah ! mais non, et Breton – qui n’a pas souvent eu tort – n’avait cependant pas raison de reprocher à Poe son « côté détective » ; autant condamner Freud pour avoir mis à jour les mécanismes et combines de l’inconscient, ouvrant ainsi la voie à la thérapie psychanalytique et à son « côté détective » justement !"

 

Les Femmes ont la peau dure

"Depuis plus de trente ans, différents groupuscules féministes tentent de mettre la main sur l’??ensemble des femmes pour les faire vivre dans un ghetto idéologique n’??ayant rien à envier à ces totalitarismes de l’??esprit qui infiltrent régulièrement de leur poison la pensée de ceux, ou de celles, qui n’??en ont pas.

La lutte des femmes contre leur « infini servage » n’??est pas ici concernée, ni les conquêtes sociales qui en marquèrent les étapes : droit de vote, contraception, avortement, etc. De même, le mouvement « Ni putes, ni soumises », par exemple, ne relève pas du féminisme mais de la lutte contre cette nouvelle violence urbaine née, en grande partie, de l’??imbécillité islamiste qui considère l’??agression des femmes et leur viol comme le bras armé d’??un certain Allah, et de son compère Mahomet.

En revanche, on peut légitimement s’??interroger sur l’??avancée que représenterait pour les femmes le fait de passer de la séculaire et détestable domination masculine à la nouvelle « gouvernance » de la femellitude, cette imposture ridicule jadis dénoncée vertement par notre amie Annie Le Brun dans son livre Lâchez tout qui, justement, ne lâchait rien, et sûrement pas un pouce de terrain aux pétroleuses de salon. Figurez-vous que ces dames avaient même envisagé de créer des «?ouvroirs?» où le simple fait de se réunir entre elles permettrait à leurs « sœurs?» de révéler, à leurs grands yeux étonnés, le génie créateur dont elles étaient naturellement porteuses. Leur ventre fécond devait évidemment les guider sur les chemins inconnus de la poésie, comme une boussole pointe le nord avec obstination. Ventrebleu !

Mais les femmes ont la peau dure, car elles parvinrent, en leur grande majorité, à contourner le misérabilisme intellectuel dans lequel on tentait de les plonger, la volonté de pouvoir qui animait les cheftaines autoproclamées ayant probablement dévoilé un peu trop tôt le bout de leur clitoris !

En France, il semblerait que le courant ne soit plus guère favorable à ce genre de revendications. Aurait-on enfin compris qu’??il ne suffit pas de changer le sexe du pouvoir pour atteindre à une certaine liberté sociale, mais que c’??est la notion même de?pouvoir – telle qu’??elle est actuellement reçue – qui doit être remise en cause avec la plus grande virulence ? Nous avons bien encore quelques «?chiennes de garde?», ou quelques « ?femmes à barbe ?», mais leur dimension mondaine, médiatique et folklorique est plus attractive que vindicative..."

 

En savoir plus...

« Alain Joubert, une vie comme il la voulait » François-René Simon rend hommage à Alain Joubert, disparu le 23 avril 2021, dans le blog En Attendant Nadeau

Que faire pour évoquer un homme sans compromis, fier et sûr de lui mais délicat et attentionné, qui n’avait que mépris pour tous ces outils de l’aliénation contemporaine, internet, smartphone et compagnie, un homme qui n’avait que dégoût pour la vie dématérialisée d’aujourd’hui et préférait aller acheter son billet de train au guichet de la gare. Un homme « sérieux comme le plaisir » qu’il avait à boire un whisky hors d’âge ou à déguster une langouste comme Péret du gigot, un homme qui, avec Nicole, sa compagne de toute éternité, avait su faire d’une magnanerie des Cévennes le modèle d’un paradis où Dieu, s’il avait existé, n’aurait pas eu le droit d’entrer. Un homme qui n’a jamais démérité de la vie qu’il avait, dès l’adolescence, choisi d’avoir. Lire l'article en entier : « Alain Joubert, une vie comme il la voulait »

 

Des polars, des cris et des crêtes, par Sylvain Boulouque (L'Ours 10 février 2021)

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