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Dune, Cléo

La Funambule

Une jeune fille tombe de son fil et, en chutant, perd la mémoire – celle des évènements passés, celle des us sociaux –, si bien qu’elle est comme ballotée au sein de ceux qui s’activent autour d’elle et la somment d’agir. C’est quoi, saluer quelqu’un ? Et ce baiser, que veut-il dire ? Pour se reprendre, pour mieux comprendre, elle décide alors de voyager, afin de rencontrer ceux qui l’auraient connue, avant, et qui pourraient lui conter ce qu’elle était. Mais ce voyage la déroute plus qu’il ne fournit la clé de son histoire et elle côtoie le risque sourd de la folie. Voyage initiatique en trompe-l’oeil, puisque jamais il ne lui donne ce qu’elle cherche, le mystère de son identité : les souvenirs des autres, si bien entassés, ne feront jamais une personne. Chant du corps et de ses fluides, La funambule, premier roman, questionne de quoi nous sommes faits, – quel est ce sang qui circule dans nos veines ? – mais aussi, et surtout, comment les femmes se défont.

Cléo Dune, née en 1992, étudie la philosophie à Paris. La Funambule est son premier roman. Il répond à une double inquiétude : à quel point sommes-nous façonnés par les autres ? Et quel espace possible pour celles qui veulent faire craqueler leur enveloppe ?

Extrait

« Elle passe des jours, des semaines, loutre fanée qui se délite, à vivre, comme ça, sans conscience, mécaniquement, oubliant aussitôt ce qu’elle vient de faire, peau sans vie sur le point de sombrer. Du dehors rien ne lui vient, les bruits de la rue s’intègrent aux fantasmes de son esprit dérangé, les lumières s’abattent au sol sans qu’elles ne la chauffent. Les sonneries de portable, les coups à la porte qui surviennent durant ces jours ne s’impriment pas en elle mais la traversent flegmatiquement. Elle végète. Contemple, triste, la plante mal en point qui se meure, sans l’arroser. La laisse derrière elle. Raconte aux insectes des histoires sans sens, les remercie de leur écoute, s’applaudit, rit parfois. Et, submergée par la douleur, s’allonge sur le sol, la tête enfoncée dans la moquette sale, crache un peu, bave beaucoup, s’écoute ne rien dire. Se relève ensuite, sans s’épousseter, enchantée par ses chants intérieurs, marmonne, bêle, pousse des cris rauques, et, quand elle est fatiguée de ce vacarme, retombe dans son épais mutisme. »

 

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€ 19.00

Extrait : « Elle passe des jours, des semaines, loutre fanée qui se délite, à vivre, comme ça, sans conscience, mécaniquement, oubliant aussitôt ce qu’elle vient de faire, peau sans vie sur le point de sombrer. Du dehors rien ne lui vient, les bruits de la rue s’intègrent aux fantasmes de son esprit dérangé, les lumières s’abattent au sol sans qu’elles ne la chauffent. Les sonneries de portable, les coups à la porte qui surviennent durant ces jours ne s’impriment pas en elle mais la traversent flegmatiquement. Elle végète. Contemple, triste, la plante mal en point qui se meure, sans l’arroser. La laisse derrière elle. Raconte aux insectes des histoires sans sens, les remercie de leur écoute, s’applaudit, rit parfois. Et, submergée par la douleur, s’allonge sur le sol, la tête enfoncée dans la moquette sale, crache un peu, bave beaucoup, s’écoute ne rien dire. Se relève ensuite, sans s’épousseter, enchantée par ses chants intérieurs, marmonne, bêle, pousse des cris rauques, et, quand elle est fatiguée de ce vacarme, retombe dans son épais mutisme. »