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Segal, Gabrielle

Brooklyn Strasse

Lorsque nous marchons dans la rue, à la nuit tombée, nous sommes souvent tentés de regarder à l’intérieur des appartements éclairés. Espérant, à travers les fenêtres, qui sont autant de tableaux, percer le mystère d’existences inconnues. À chaque étage d’un petit immeuble de Brooklyn, des voix se font entendre. Les voix de Mary-June Parker et de ses fils, libérés de l’emprise de Pete, mari et père violent qui a subitement disparu. La voix du vieux Norman Klein qui s’accommode du deuil à sa façon. La voix de Madleen Hutikton, la propriétaire. Et un peu plus bas dans le quartier, la voix de Stephan Karmerr, l’épicier, dont l’amitié avec Madleen a vu le jour à Berlin durant les années hitlériennes. Et enfin, la voix sourde de Pete. Un seul habitant sait ce qu’il est advenu de lui, mais tous seront transformés par sa disparition. ISBN : 9782862312576. 210 p. 18 euros.

Gabrielle Segal est née à Bordeaux en 1963. L’écriture et la littérature sont deux axes fondateurs de son existence. Tout en exerçant divers métiers dans la communication et le marketing, elle a consacré de nombreuses années à rechercher sa propre voix littéraire. Inspirée par la ville de New York et par l’hétéroclisme de ses habitants, elle y situe l’intrigue de son premier roman, Brooklyn Strasse. 

 

Extrait

Extrait 1

— Tu pars déjà ? Un luxe de le dire. Un luxe de l’entendre. 

— Oui, je pars déjà. Elle ne va pas lui répondre ça. Depuis quelque temps, les événements les plus anodins prennent l’allure de signes alarmants, précurseurs. Le plomb liquide descend doucement de son coeur à ses jambes. Les cuisses alourdies, les mollets, les pieds collés au sol par la densité du métal. Non, je ne pars pas. Je ne peux pas. C’est hors de ma volonté. Tout n’est pas accompli et ce qui reste à faire est un mystère. Ce qui reste à faire est toujours un mystère. On ne sait rien de ce qui nous attend. On se prépare au pire, mais il y a pire encore. On se prépare au meilleur, il y a meilleur encore. Et ce ne sont pas là les seules combinaisons possibles.

Extrait 2

 « Oh mon dieu. » Elle le répète toujours deux fois, avant de jouir. Comme quand on aperçoit au loin le tourbillon noirâtre d’un cyclone. « Oh mon dieu, oh mon dieu » dit-elle. Puis elle se tait, ne respire plus et, enfin, respire par à-coups, dans la violence de la tempête. À ce moment-là, elle ignore quel sera son sort. Après quoi le vent, l’envol, les heurts. Elle crie, gémit, se bat contre les éléments, ou les attire à elle. Elle souffre, elle ne souffre pas. Pour ce que Pete en sait, il n’existe pas de contraire à ce verbe. Ce qui se trouve hors de la douleur ne s’exprime pas. Un simple répit, une exception. Elle crie encore. Sa respiration s’allonge et elle chute lourdement, rejetée par le vent. Fin de vol. Tout est bleu dans l’oeil du cyclone, elle le lui a dit. Un bleu que personne ne peut reproduire. Peut-être qu’elle est la seule à l’avoir jamais vu.

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